Les premières images prises par le télescope EUI à bord de la mission spatiale Solar Orbiter viennent d’être publiées. L’instrument EUI, coordonné par la Belgique, a découvert des « feux de camp » sur le Soleil.    

CampfiresFSI - source of the solar windMagnetic Footprint

De gauche à droite: feux de camp - source du vent solaire - empreintes magnétiques

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La capture des images par EUI, l’imageur dans l’ultraviolet extrême, a réussi du premier coup. En fait, les photos prises par la caméra à haute résolution sont si nettes que cela semblait trop beau pour être vrai. Il s'agit de la toute première mission spatiale pour laquelle les tests du vaisseau spatial et des instruments ont dû être effectués des domiciles des scientifiques en raison de la pandémie COVID19. Le soulagement après la réussite de ces tests et de la ‘ première lumière’ a été énorme.

Solar Orbiter fait le tour complet du soleil en 168 jours. Le point de son orbite qui est le plus proche du Soleil est le périhélie. Dans le périhélie, la vitesse de Solar Orbiter se rapproche de la vitesse à laquelle le Soleil tourne autour de son propre axe de rotation, ce qui permet de prendre de meilleures photos. Ce passage au périhélie est donc le moment idéal pour EUI de photographier en détail l’atmosphère solaire. La caméra a pris des images foisonnantes de détails. David Berghmans : « On peut le comparer à la Terre que nous connaissons tous à partir de l’emblématique 'point bleu pâle' vu de l’espace. Vous zoomez dessus et soudain vous voyez des détails que vous ne vous attendiez pas à voir : des rivières, des vaches, une route avec une file de voitures, des maisons avec des cheminées fumantes. C’est ce qui se passe avec le Soleil : tout à coup, nous pouvons voir comment notre étoile fonctionne à une échelle 'microscopique'. »

Solar Orbiter a été lancé le 10 février 2020 et contient dix instruments au total. Après le lancement, toutes les équipes se sont ensuite préparées à tester les instruments, le matériel et les logiciels selon la procédure habituelle. Mais la COVID-19 en a décidé autrement. La salle de contrôle de Darmstadt, en Allemagne, spécialement équipée pour les tests, a été fermée. On a littéralement enfoncé les boutons « off » de tous les instruments. Cela a été un moment terrible pour tout le monde. Au bout d’une semaine, on a décidé de redémarrer la salle de contrôle avec un taux d’occupation minimum et en respectant les normes anti COVID-19. Les autres tâches ont été accomplies des domiciles des membres de l’équipe. Les téléconférences sont devenues la norme. Les commandes envoyées à EUI ont été transmises depuis le salon, le bureau des enfants, la chambre… Personne n’aurait osé organiser cela à l’avance : en liaison avec les membres de l’équipe répartis sur tous les continents. L’avantage est que tout le monde est à un clic de souris et que chacun est immédiatement disponible pour aider à trouver des solutions aux problèmes qui se posaient en cours de route. La phase de test s’est achevée avec succès le 25 juin lors de la réunion officielle en ligne « Mission Commissioning Results Review » à laquelle ont participé plus de 50 personnes. L’équipe d’EUI peut se targuer d’avoir passé une période de tests très intense mais efficace.

Tout le monde attend avec impatience les nouvelles données. Il faut encore s’habituer au fait que les images produites par EUI se présentent toujours différemment. L’angle sous lequel EUI capte le soleil change chaque jour. Contrairement aux missions sur lesquelles les membres de l’équipe ont travaillé jusqu’à présent, la distance entre Solar Orbiter et le Soleil est en constante évolution. Ensuite, le Soleil peut ne remplir qu’une partie de l’image un jour, et, quelques semaines plus tard, occuper toute l’image. L’équipe est impatiente d’éditer, d’analyser et d’interpréter les nouvelles images. De la nouvelle science est en route !